C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

Mme Rounieux et Mme Chompiard …

… devant le kiosque à journaux. 

(Mme Chompiard, songeuse, feuillette la gazette locale. Passe la mère Rounieux, l’œil sévère.)

– Aaah, Madame Chompiard, vous prenez les nouvelles ?
– Oh ben, vous savez, c’est juste pour trouver une activité pour le mari. Il s’ennuie quand il n’a rien à faire au jardin.
– Je comprends. Le mien ne veut même plus sortir de son canapé quand il pleut. Enfin, bon, c’est qu’avec les soucis qui traînent.
– Ah oui ? Qu’est-ce qui vous arrive ?
– Vous n’avez pas vu dans le journal ?
– Ils parlent de vot’mari dans la gazette ?
– Mais non, de François. A la télé.
– François ?
– Le président !
– Le président ? Du club de bridge ?
– Mais non, lui c’est Jean-Luc. Moi je vous parle DU président. Le vrai !
– …
– Hollande !
– …
– Le président de la République.
– Ah bon ? Ils ont changé ? C’était pas Jacques ?
– Lui, c’était avant. Là, le président, il a dit des choses qu’un président ne devrait pas dire.
– Ben pourquoi il les a dites alors ?
– Parce qu’il pensait pas que les journalistes qui l’écoutaient allaient l’écouter.
– C’est compliqué votre truc. Il a dit quoi alors ?
– Oh ben, j’ai pas tout compris, c’est mon René qui a essayé de m’expliquer. En gros, il fait le contraire des choses qu’il pense mais qu’il faut pas dire.
– Et pourquoi il fait pas les choses qu’il dit qu’il pense ?
– Ben parce qu’il faut pas les dire !
– …
– …
– Et les choses qu’il faut pas dire, c’est si grave que ça ?
– Pas toujours.
– Alors pourquoi il a pas le droit de les dire ?
– Parce qu’il est président pardi !
– Ah d’accord. Donc ceux qui sont pas président ils ont le droit de les dire ?
– Non plus.
– Ça m’a l’air bien compliqué tout ça. Pourquoi ils font pas une loi pour les interdire alors ?
– Ah non, surtout pas. Et la liberté d’expression ? On est dans un pays libre quand même. Le droit de vote et tout ça tout ça.
– Donc on a le droit de les dire mais faut pas les dire.
– Exactement.
– Je comprends mieux mon homme quand il me dit qu’il vaut mieux pas essayer de comprendre la politique. C’est que c’est pas facile dites donc.
– Ah ben, c’est les responsabilités, faut pas croire.
– A qui le dites-vous ! C’est pas tout, mais j’ai la blanquette qui m’attend.
– Je vais pas vous retenir alors. Bien le bonjour à la maison et à la prochaine.
– Allez. Au plaisir.

 

Publicités

Les Héroïnes – C’est la lutte…

Mme Rounieux et Mme Chompiard …

… en terrasse. 

(la mère Rounieux, le petit crême sur la table, feuillette un journal. Passe son acolyte, le cabas sous le bras.)

– Aaah, Madame Rounieux, comment allez-vous ? Ça faisait longtemps.
– Oh ben, vous savez, avec tout ce qui se passe, on n’a plus le temps de rien.
– A qui le dites-vous ! Vous lisez les nouvelles ?
– Il faut bien. C’est pour aider mon neveu.
– Le petit Tristan ?
– Non, l’autre, Bruno, celui de ma sœur, la Josette, et du René. Vous savez bien, celui qui travaille à la ville.
– Comme les humoristes là, les Chevaliers du fioul ?
– Non, comme son père. Et son grand-père, et son arrière…
– …grand-père ?
– Parfaitement. Employé municipal de père en fils. Ça sert forcément, la transmission, pour bien comprendre le métier vous comprenez. Parce que c’est exigeant quand même. Entre les glaïeuls et les pétunias, je vous dis pas, ils faut s’y connaitre en anatomie florale.
– Oh ben c’est pas facile. Ils ont bien du mérite.
– Ça a bien changé vous savez. Avec ce qu’ils font à la capitale, et tout le foin foin qu’il y a sur les nouvelles lois qu’on n’y comprend pas toujours grand chose…
– On s’y perd, on s’y perd. C’est qu’il faut s’y connaître là aussi.
– Eh bien avec tout ça, voilà le petit qui n’a plus beaucoup de temps pour les rhododendrons. Avec tous les mouvements de protestations, plus ceux qui veulent être pour ne rien lâcher et ceux qui veulent être contre les nouvelles propositions, des fois il se perd.
– C’est qu’il faut pas se tromper.
– La dernière fois, au bureau des syndicats, y a le vieux Martineau qui les a fait voter et le petit Bruno il sait plus s’il a bien fait ou pas.
– De ?
– De voter pour.
– Ah bon. Il était pas contre ?
– Ben si. C’est pour ça qu’il a voté pour.
– …
– Pour remplacer Martineau ! Lui était pour.
– …
– Martineau était pour laisser une chance au dialogue.
– Comme Bruno !
– Non. Le neveu, il a bien réfléchi, il a écouté son père et ils se sont mis d’accord : ils ont décidé de suivre l’avis du chef de section.
– Pour ?
– Pour être pour justement.
– La loi ?
– Mais non, la reprise de l’arrêt de travail. Il était pour donc il a voté contre.
– La poursuite du mouvement ?
– Non, les propositions de la ministre.
– Et Martineau ?
– Justement, il était contre.
– La reprise du mouvement ?
– Mais non. Bruno, il était contre Martineau. Il voulait laisser une chance au dialogue.
– Bruno ?
– Mais non Martineau et les autres ils étaient pas pour. Donc ils l’ont élu.
– Martineau ?
– Mais non Bruno.
– Et Martineau alors ?
– Viré !
– De la municipalité ?
– Voyons, soyez pas bêtassou. Du bureau du syndicat.
– Ah bon il a plus de bureau ?
– Mais si à côté de celui de l’association des sports.
– Ils l’ont viré ou pas alors ?
– Ils l’ont surtout aidé à bien reconsidérer sa position sur la lutte commune et fraternelle pour le bien de tous. Sans faire de vague.
– Je suis pas sûr de bien comprendre.
– Eh bien Bruno non plus. Il sait plus trop. Il se demande si Martineau avait pas raison.
– C’est vrai que parfois, quand le dialogue est pas clair, ça devient vite compliqué.
– Enfin là, il va avoir le temps de se reposer. Avec les vacances, ils ont tous décidé de laisser le mouvement reprendre de la vigueur.
– Ils ont bien raison. Un peu de repos ne fait jamais de mal.
– Mais ils promettent de pas lâcher le morceau dès la rentrée en septembre.
– Ben tiens ! Manquerait plus qu’ils baissent les bras maintenant !
– Ils se requinquent un bon coup et ils reviendront gonflés à bloc. Ça va batailler, je vous le dis.
– Vous me tiendrez au courant de ce que ça va donner ?
– Le mouvement ?
– Non, les vacances du petit.
– Je n’y manquerais pas. Avec plaisir. C’est pas tout, mais je dois aller cuire ma blanqette. Allez Madame Chompiard, bonne journée.
– A bientôt.

Les Héroïnes – Un nouveau départ

Mme Rounieux et Mme Chompiard …

… au supermarché.

– Aaah, Madame Rounieux, comment allez-vous ? Ça faisait longtemps.
– Oh ben, c’est  la rentrée. Vous savez ce que c’est !
– M’en parlez pas. Et puis avec la situation actuelle, enfin vous voyez…
– Je vous le fais pas dire…
– Avec  tout ça, c’est le stress qui va reprendre de plus belle.
– C’est pas une vie…
– Exactement ce qui arrive à mon fils.
– Lequel ?
– Le grand. Il a repris ce lundi. Dès son arrivée, il a dû…  ah comment il a dit déjà… une histoire de boite email qui déborde, il en a mis partout… enfin je sais plus ce qu’il m’a raconté mais c’était… enfin vous voyez bien !
– Ça c’est les soucis. Il a passé de bonnes vacances au moins ?
– Comme chaque été à Prinluvieux,  c’est dans le Lot… un petit camping pas cher. Ils y sont restés trois semaines. Comme des coqs en plâtre. Ils nous ont laissé les enfants la dernière semaine pour aller au Cap d’Agde.
– Ils devaient en avoir besoin.
– C’est sûr. Mais ils avaient la tête à la reprise, c’est pas pareil.
– Et puis avec la météo qui se gatte maintenant, on sent bien la fin de l’été qui arrive.
– Le temps passe a une vitesse !
– Tout augmente !!
– C’est pas le tout mais mon mari doit m’attendre aux légumes…
– Et le mien à la charcuterie. On invite les Frigouzelle ce week-end.
– Vous leur passerez bien le bonjour !
– Ce sera fait. Allez Madame Chompiard, bonne journée.

Les Héroïnes – Anthologie – Episode 7 : What Else ?

Mme Rounieux et Mme Chompiard…

… chez le coiffeur.

– Aaah, Madame Rounieux, comment allez-vous ? Ça faisait longtemps.
– Oh oui, ça fait bien plaisir de vous voir. Venez donc là, on va pouvoir papoter. J’étais en train de lire un article sur Georges, vous savez bien… celui qui boit du café. Vous allez jamais me croire.
– Quoi donc ?
– Avec son Italienne.
– Non ?
– Si !
– C’est pas possible.
– Comme je vous le dis.
– C’est incroyable.
– En même temps on pouvait s’y attendre. Non parce que vous savez ce que c’est ces gens là. Ca va, ça vient. Et puis au final ?! Ben comme toujours. Non parce que, quand même, avec l’autre là, franchement ! Enfin, vous voyez bien de ce dont je veux parler… alors le George, ben oui quand même ! C’est pas que, mais des fois faut pas pousser ! Enfin, heureusement, moi je dis ce que je pense ! Non mais quand même…parce que on oublie des fois que quand même, vous savez bien ! Enfin, en parlant de ça justement, ça fait penser à l’autre là, avec sa… enfin je vous raconte pas, parce qu’après on va dire que je dis des méchancetés ! Alors que pas du tout ! On l’a bien vu dans le dernier reportage, quand elle …
– Le reportage ?
– Si à la télé ! Ah vous l’avez pas vu ? Ben vaut mieux pas raconter, mais c’est toujours la même chose de toute façon.
– A qui le dites vous. Mais heureusement qu’il y a des personnes comme vous qui donnent un avis franc et ne tournent pas autour du pot.
– Ben oui quand même ! Non mais oh.
– A votre avis, je dois me refaire une couleur ?
– Oh vous savez …  ah y a mon mari qui vient me chercher. Je dois vous laisser.
– Saluez le de ma part. Et puis on se verra à la messe.
– Certainement. Allez Madame Chompiard, bonne journée.

Les Héroïnes – Anthologie – Episode 6 : Mariage Princier

Mme Rounieux et Mme Chompiard …

… devant la banque.

– Aaah, Madame Rounieux, comment allez-vous ?
– Comme un lundi. Vous avez vu comme c’était magnifique ?
– Splendide.
– Ils étaient si mignons.
– Et elle, dans sa robe, resplendissante.
– Dommage qu’il perde ses cheveux.
– Ça a un certain charme. Ça me rappelle mon Robert à son âge.
– Oh et puis après tous les malheurs qu’il a vécus.
– Et si jeune en plus.
– Je sais pas comment il a pu si bien surmonter ce drame.
– Heureusement, maintenant il est bien accompagné.
– Pas comme son père.
– Ah oui, me le faites pas dire. Comment c’est possible des choses comme ça ?!
– Enfin, on est pas à leur place non plus. On sait pas ce qu’ils endurent.
– C’est pas une vie.
– Mais ça fait du bien quand même de voir des jeunes si heureux. Avec l’avenir devant eux.
– Avec tous les soucis qu’il y a actuellement, ça nous donne une bouffée d’oxygène.
– C’est bien pour ça que j’achète tous les magazines. Je vais me faire un petit album avec les articles et les photos.
– Vous avez bien raison. Faudra le compléter quand un petit arrivera.
– En espérant qu’il ait les yeux de sa mère.
– Et son sourire aussi.
– Enfin, c’est pas tout ça, mais le muguet m’attend.
– Pas de chance cette année que les jours fériés tombent un dimanche.
– Oh, ça passera bien. Et l’été arrive. Sur ce à bientôt j’espère.
– Mes salutations à votre mari.
– Je n’y manquerai pas. Allez Madame Chompiard, bonne journée.

Les Héroïnes – Anthologie – Episode 5 : Bonjour Tristesse

Mme Rounieux et Mme Chompiard…

… chez le marchand de journaux.

– Aaah, Madame Rounieux, comment allez-vous ? Ça faisait longtemps.
– Oh oui, ça fait bien plaisir de vous croiser. Vous avez vu ce qui est arrivé à Tony et Eva ?
– M’en parlez pas. C’est triste quand même. Ils avaient l’air heureux.
– Et puis ils faisaient un beau couple.
– J’aurais jamais cru.
– Moi non plus. Mais vous savez, ça doit être dur quand même.
– Avec les papes à razzie !
– Pas moyen de vivre normalement.
– Ils sont bien à plaindre. J’espère quand même qu’ils se remettront ensemble.
– Et moi donc. Mais c’est pas facile cette vie là vous savez.
– Enfin, on a bien de la chance. On n’a pas tout ces tracas.
– A qui le dites vous. D’ailleurs je dois filer, mon mari est en double file.
– Vous lui passerez bien le bonjour.
– Je n’y manquerai pas. Allez Madame Chompiard, bonne journée.

Les Héroïnes – Anthologie – Episode 4 : A la Pharmacie

Mme Rounieux et Mme Chompiard sont de chez nous…

… à la pharmacie.

– Aaah, Madame Rounieux, comment allez-vous ?
– Oh ben, vous savez, c’est l’hiver, avec les microbes qui traînent, c’est des soucis.
– Et puis avec la Sécu qui est mal en point, m’en parlez pas.
– Je vois que vous aussi ça ne va pas fort. Vous allez voir lequel ?
– Le petit nouveau, rue de la Frambule. Le Docteur Shielbermann. On m’en a dit le plus grand bien. Avant, j’allais chez Frantieux, pas loin de la gare, mais il m’a dit que ce n’était qu’un rhume. Tout se perd, j’vous dis. Et puis on a beau prendre rendez-vous, il vous prend jamais à l’heure.
– C’est vrai ça, on peut plus être malade tranquille. Et le petit jeune, il est bien alors ? Il vous a donné quoi ?
– Du Rufalgan. Combiné avec du Spasmotron. Soit-disant qu’en trois semaines vous allez mieux.  Douze comprimés par jour. On sent tout de suite qu’il sait de quoi il parle.
– Ça m’a l’air bien. J’irai peut-être le voir demain, on sait jamais. Bon je vous laisse. Bonne fin de journée Madame Chompiard et soignez-vous bien.
– Au revoir. Et bonjour à Monsieur. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas croisé.
– Oh vous savez, depuis l’ouverture de la pêche… bon, je file vraiment. A bientôt.